Tourne la page

C’est vendredi, à défaut de faire l’amour, on s’exprime!

Voici le texte d’un fan de la page que j’ai récemment reçu et non, on ne parle pas du vidéo de Rene & Nathalie Simard!

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Bonjour Anne-Marie !
 
Je trouve génial ton blogue et ton livre. On se retrouve dans tes histoires et on se sent moins seule. J’apprécie également ton initiative de permette aux autres de partager leurs histoires. C’est très libérateur de crier haut et fort les vieux ressentiments.
 
J’ai été 5 ans dans une relation dysfonctionnelle et très intense. Nous étions jeunes et pas du tout près à gérer des émotions aussi fortes. Nous n’avons pas été capable de se laisser partir, malgré toute la souffrance qu’on se causait, parce qu’on était réellement amoureux l’un de l’autre.
 
Voici donc ma marde à moi. Merci de nous permette de s’exprimer !


Il arrive un moment où on n’a pu vraiment le droit d’en parler. C’est juste assez. C’est le temps de tourner la page. J’imagine qu’habituellement, le moment où on doit arrêter de s’éterniser sur le sujet concorde plus ou moins avec le moment où la page se tourne.

Et si cette page était finalement un chapitre, et ce chapitre, le livre en entier.

Je te revois dans l’allée 4A, il y a 7 ans. Tu sais, celle des foyers. Avec ta veste bleue et ce sourire que tu affichais en permanence. Je te revois pincer les lèvres et répondre aimablement à ceux qui t’accrochais sur ton chemin du brake dans l’allée centrale. Je te revois apparaître au coin, remontant cette même allée, me gratifiant d’un clin d’œil. Ces clins d’œil que tu distribuais gentiment. T’étais probablement le seul qui aimait travailler. Je te revois, beau, charmant, gentil. T’étais joyeux, positif et rayonnant. C’est drôle parce que c’est seulement aujourd’hui que je le réalise à quel point t’étais heureux. Tu respirais la joie de vivre. T’aimais tout le monde, tu propageais les sourires. T’étais brillant et passionné, par absolument tout. Cette passion, ça m’a fait tomber amoureuse de toi instantanément, ce soir-là, devant un nacho à partager. Je suis encore surprise, aujourd’hui, de la vitesse à laquelle je suis tombée face première en amour de toutes les parcelles de ton toi.

Je me revois même tenté de le camoufler et littéralement m’être retenue de mourir d’enthousiasme quand tu m’as glissé ton numéro de téléphone sur un bout de papier chiffonné. On parlait des heures; au téléphone, au travail, dans ta voiture en revenant des bars. On a voulu s’approfondir, apprendre à connaître nos moindre recoins, apprivoiser les bestioles de nos passés. On s’est raconté en long et en large. On s’est appris par cœur. On s’est aimé de tous les côtés. On ne se lassait pas d’admirer le meilleur de nous, et le pire. On se voyait exceptionnelle.

On a commencé à dessiner notre chaos dès le début, une erreur après l’autre. On a perdu le contrôle dès les première semaines. On s’aimait sans réfléchir au danger qui se profilait devant nous. Au fond, on savait que les conséquences seraient désastreuses, mais on s’est abandonné à s’aimer à s’en faire peur, même si c’était compliqué, même si c’était douloureux. On s’aimait passionnément.

Je me souviens de cette fin de semaine en camping, le souper au bistro du coin; mon souvenir de toi le plus précieux. Parce qu’après toutes ces années, je connaissais tout tes détails, et tu connaissais les miens. Et malgré les obstacles qu’on s’imposait et les épreuves qu’on arrivait même plus à surmonter depuis des années, nous étions vulnérables, tellement fragiles, mais intouchables et invincibles à la fois. On était forts et encore plein d’espoir, dans notre désespoir.  On était passionnément amoureux. Pris au piège dans ces émotions démesurées. Bien que conscient de l’avenir incertain de notre ardeur, on avait toujours juste besoin de s’aimer, aussi fort qu’on le pouvait. C’est la seule fois où on a imaginé nos enfants. Ils étaient beaux, et brillants. Ils étaient magnifiques.

La puissance de nos sentiments, c’est ce qui me garde enchaînée à mes souvenirs après plus de deux ans. La raison pour laquelle je te redessine continuellement, que j’arrive à sentir l’odeur de ton parfum, celle de ta peau, que j’entends encore le sifflement de tes consonnes et que je refuse au temps le droit d’effacer les détails de ton sourire. C’est exactement pour ça que je suis là, à écrire que je me torturerais le mental, encore, juste pour croiser ton regard, une seule fois, ou deux, ou mille. On s’est aimé à s’en déchirer le cœur, à s’en bousiller l’âme ben comme du monde. Pendant qu’ils nous jugeaient sévèrement, nous, on ne reconnaissait même pas la chance qui nous était tombée dessus de s’aimer aussi intensément. Dans leurs relations platoniques, de passions achevées au bout de quelques mois, de discussions de surface, de projets à trop long terme, de reproches et de compromis injustifiés, ils n’y ont jamais cru, à notre nous surréaliste.

Mais c’était ça l’amour, le grand, le vrai. On s’aimait en entier et malgré tout. En sachant qu’on aurait à se dire adieu et qu’on se pèterait éventuellement la gueule, on a bien voulu croire qu’on était assez grandioses pour contourner les pièges dans lesquels on se foutait à répétition. On a repoussé notre date d’expiration jusqu’à se détester de s’aimer aussi violemment. On n’arrivait pas à partir, même quand on en pouvait plus, même quand ça faisait trop mal.

C’est aussi pour ça que je sais, sans aucun doute, que tu penses aussi à moi, même si je n’ai pas les oreilles qui sillent pour le confirmer. T’as finalement confié ton cœur à une personne prudente. Tu l’as mis en sécurité. T’as pas eu le choix d’appuyer sur delete, de couper tous les contacts et de t’assurer que nos regards ne se croisent plus. Réduire le risque d’y replonger. Parce qu’on en serait toujours là, à s’aimer quand même. À se torturer d’amour et à se noyer dans cette relation passionnellement dysfonctionnelle dans laquelle on s’est tout les deux perdus pendant 5 ans.

Mais tu sais, cet amour, si pur et véritable, on est chanceux d’y avoir eu droit, même partiellement.

Et crois-moi, j’aurais voulu qu’il soit plus fort que tout.

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